Virbac Pro
Infos santé
Temps de lecture : 3 minutes

[Sécuriser le tarissement] Les facteurs de risque des infections mammaires au tarissement

Dr Olivier Salat
DVM, clinique vétérinaire de la Haute Auvergne à Saint-Flour CEAV « Qualité en production bovine laitière » Diplômé de l’European College of Bovine Health Management. Membre des commissions « Vaches Laitières » et « Qualité du lait » de la SNGTV

Comprendre les facteurs de risques des infections mammaires au tarissement. Cet article explore les causes d'échec de traitement et les facteurs favorisant de nouvelles infections, pour une gestion réussie de cette période cruciale.

Sommaire :

  1. Les facteurs de risque d’échecs de traitement au tarissement
  2. Les facteurs de risque de nouvelles infections pendant la période sèche

 

1. Les facteurs de risque d’échecs de traitement au tarissement

* Parité *

Moins elle est élevée, plus il y a de chances de guérison.

tableau-taux-guerison.png

Tableau 1 : Taux de guérison lors du traitement au tarissement en fonction de la parité (Henderson 2016)

 

* Nombre de quartiers infectés *

Les chances de guérison diminuent avec le nombre de quartiers infectés.

tableaux-tx-guerison-bacteriologique.png

Tableau 2 : chances de guérison bactériologique lors d’infections mammaires à Staphylococcus aureus en fonction du nombre de quartiers atteints (Erskine et al. 1994) 

 

* Nature de l’agent infectieux *

Staphylococcus aureus est le pathogène mammaire majeur le plus difficile à éliminer. Parmi les streptocoques, c’est l'affection de Streptoccoccus uberis qui entraîne le moins de cas de guérison.

tableau-resultats-guerison-traitement-tarissement.png

Tableau 3 : résultats de guérison suite à un traitement au tarissement en fonction des pathogènes mammaires isolés (Shephard et al. 2004)
 

* Antériorité de l’infection *

C’est un des paramètres qui influent le plus sur la réussite du traitement au tarissement

tableau-impact-proportion-lactation.png

Tableau 4 : Impact de la proportion de la lactation en cours et celle précédente avec des CCS élevées sur les chances de guérison au tarissement
 

* Nature de la souche *

Dingwell et coll. (2006) ont enregistré des résultats de guérison différents en fonction des souches de Staphylococcus aureus isolées au moment du tarissement.

 

* Autres éléments influents*

Niveau des CCS avant tarissement, production laitière au tarissement, durée de la lactation

 

2. Les facteurs de risque de nouvelles infections pendant la période sèche

Le sphincter du trayon constituant la principale barrière physique du quartier au cours de la période sèche, les facteurs agissant sur son intégrité (figure 1) ont une importance fondamentale dans la maîtrise des risques des nouvelles infections de la période sèche.

Tout au long de cette période, une proportion variable de sphincters reste ouverts (figure 2, tableau 1), ce qui est associé à une menace majeure de nouvelle infection.

 

schema-facteurs-risques.png

Figure 1 : Principaux facteurs corrélés aux risques de la période sèche

 

evolution-pourcentage-sphincter.png

Figure 2 : Évolution du pourcentage de sphincters ouverts après tarissement (d’après Dingwell 2001)
 

evolution-pourcentage-trayons.png

Tableau 1 : Évolution du pourcentage de trayons propres et de sphincters fermés au cours de la période sèche (d’après Bradley et al. 2015)
 

    Les autres éléments ayant un impact sur le risque de nouvelles infections sont de 3 ordres : 

  • Facteurs liés à l'animal : production de lait au tarissement (seuil critique estimé autour de 15 kg/ jour, au-delà le risque augmente linéairement avec la production), qualité du bouchon de kératine, rang de lactation, historique des CCS, conformation de la mamelle et des trayons, race, génétique
  • Facteurs liés à l’environnement : type de logement, qualité de l’ambiance, hygiène des vaches et de l’environnement
  • Facteurs liés à la conduite d’élevage : tarissement brutal ou progressif, durée de la période sèche, précocité et intensité du bilan énergétique négatif (degré de lipomobilisation), supplémentation en antioxydants

Les risques de nouvelles infections sont bien plus élevés durant la période sèche qu’au cours de la lactation. Pourvu qu’il soit correctement appliqué, l’emploi d’un obturateur interne est donc incontournable et devrait être systématique, cela pour deux raisons majeures :

  • une prévention optimale de nouvelles infections
  • une optimisation de l’efficacité antibiotique lorsque nécessaire

 

Bibliographie :

Bradley AJ, De Vliegher S, Green MJ, Larrosa P, Payne B, van de Leemput ES, Samson O, Valckenier D, Van Werven T, Waldeck HW, White V, Goby L. An investigation of the dynamics of intramammary infections acquired during the dry period on European dairy farms. J Dairy Sci. 2015 Sep;98(9):6029-47. Dingwell RT, Duffield TF, Leslie KE, Keefe GP, DesCoteaux L, Kelton DF, Lissemore KD, Schukken YH, Dick P, Bagg R. The efficacy of intramammary tilmicosin at drying-off, and other risk factors for the prevention of new intramammary infections during the dry period.J Dairy Sci. 2002 Dec;85(12):3250-9. doi: 10.3168/jds.S0022-0302(02)74413-5.

Dingwell RT, Leslie KE, Schukken YH, Sargeant JM, Timms LL, Duffield TF, Keefe GP, Kelton DF, Lissemore KD, Conklin J. Association of cow and quarter-level factors at drying-off with new intramammary infections during the dry period. Prev Vet Med. 2004 Apr 30;63(1-2):75-89. 

banniere-smart-dct-vbi.png

Voir aussi

La clé d'une transition réussie en élevage laitier [Vers un tarissement raisonné]

Depuis des décennies, l’administration systématique d’antibiotiques a été la norme pour prévenir et traiter les infections mammaires lors du tarissement. Pourtant, face aux enjeux croissants de l’antibiorésistance et aux évolutions réglementaires, une alternative plus ciblée s’impose : le traitement sélectif au tarissement. Comment lever les freins qui ralentissent son adoption et convaincre les éleveurs de franchir le cap ?

Réduire le risque de mammite grâce à la sélection génétique

Même si des vétérinaires participent à des programmes de recherche en génétique chez les ruminants, ce sujet est peu abordé en pratique. En effet, ces travaux ont souvent la réputation de privilégier le productivisme au détriment de la santé animale. Pourtant, dès le début des années 1990, l’Inra (aujourd'hui INRAE) travaillait déjà sur les moyens de diminuer le risque de mammites par la génétique.

Tarissement : Identification des pathogènes majeurs [Approches analytiques validées et recommandées]

[Drs Guillaume Lequeux et Olivier Salat] Cet article explore les principaux agents bactériens responsables des mammites bovines au tarissement et détaille les méthodes et techniques de diagnostic microbiologique essentielles pour une identification précise de ces germes clés.

Comment utiliser efficacement un obturateur de trayon ? [Vidéo]

Maîtrisez le geste technique de la pose d'obturateur de trayon. Ce guide vidéo illustre le protocole pas à pas, incluant la gestion d'une double administration et les erreurs à éviter pour garantir une application parfaite.

Le tarissement moderne en 5 questions [Arbre décisionnel]

Basée sur les recommanda- tions actuelles (Référentiel pour le traitement sélectif au tarissement, SNGTV 2023), la stratégie de tarissement est une prescription, sous la responsabilité du vétérinaire.