Mise en garde, ce contenu est destiné aux ayants droit du médicament vétérinaire. Se connecter pour accéder au contenu.
Docteur, avant toute chose, pourriez-vous nous donner une définition simple de la médecine préventive ?
La médecine préventive parle de l'animal sain et vise à le maintenir en bonne santé le plus longtemps possible.
D’un point de vue plus académique, elle a été définie par les enseignants des quatre Écoles Nationales Vétérinaires Françaises (ENVF) en 2016, comme étant "une discipline clinique des sciences vétérinaires qui s’attache, tout au long de la vie de l’animal, à préserver son état de bonne santé, à identifier et limiter les risques de sa dégradation, ainsi qu’à empêcher la transmission de zoonoses" (Freyburger et al. 2016a).
L’un des piliers de cette discipline est la gestion de la reproduction des animaux de compagnie. Or, 2024 a été marquée par la publication des premières recommandations internationales de la WSAVA sur le contrôle de la reproduction des animaux de compagnie. Quelle est votre opinion sur ce sujet ?
C’est un événement extrêmement important. La médecine préventive, c’est également consacrer un temps pour les échanges avec les propriétaires qui ont un vrai besoin de conseils. Ces recommandations, officielles et en accès libre, constituent un support scientifique pour le vétérinaire - voire même pour les propriétaires les plus intéressés - mais offrent surtout l’opportunité de communiquer sur le sujet de la stérilisation.
C’est une très bonne chose que des guides de bonnes pratiques soient régulièrement publiés sur les différents sujets qui constituent la médecine préventive, comme, par exemple, le comportement, la nutrition, l’immunologie ou la dentisterie. S’il en manque encore pour certaines disciplines, les recommandations aujourd’hui disponibles constituent un condensé d'informations et un guide pratique essentiels pour le vétérinaire et facilitent la transmission d’informations au propriétaire.
Quels sont, selon vous, les meilleurs moments pour discuter de ces différents sujets avec le propriétaire ?
Bien évidemment, il faut s’adapter à chaque animal, chaque propriétaire et à leurs besoins respectifs. En médecine préventive, on voit généralement les animaux très jeunes, pour les trois visites pédiatriques. Jusqu'à maintenant, on les perdait de vue jusqu'aux visites vaccinales suivantes, souvent autour des 12 mois de l’animal, après la puberté.
Les premières consultations du chiot sont donc extrêmement denses en informations : il y a un risque de "noyer" le propriétaire, même si on essaye de structurer l’information fournie à chaque consultation. Ainsi, si la question de la reproduction peut être évoquée vers 4 mois pour connaître l’intention des propriétaires et leur degré d’information, la consultation pubertaire trouve un intérêt fondamental parce qu’elle permet justement d’approfondir le sujet, de traiter les questionnements des propriétaires et de les accompagner en pleine période de changements.
S’agit-il d’une consultation dédiée à la reproduction ou d’autres sujets doivent-ils être abordés ?
Effectivement, il est impératif d’élargir le contenu de cette consultation, afin de répondre au mieux aux attentes du propriétaire, mais également, parce que la puberté ne se résume pas à la question de la stérilisation !
La question de la nutrition doit être traitée, puisque d’importants changements métaboliques ont lieu à la puberté. De même, après les conseils d’éducation prodigués lors des consultations pédiatriques, il est essentiel de parler de comportement et des changements qui peuvent survenir à la puberté. Stérilisation, nutrition et comportement sont étroitement liés et il est donc pertinent d’aborder ces sujets conjointement.
Il y a donc plusieurs sujets à traiter pendant cette consultation pubertaire, même s’il est vrai que la question de la stérilisation reste essentielle et doit être abordée à cette étape charnière de la vie de l’animal pour bien préparer la suite.
En pratique, comment mettre en place à la clinique ce nouveau type de consultation et comment le proposer aux propriétaires ?
Alors pour moi c'est quelque chose qui doit se préparer en amont, en commençant à l’évoquer lors des consultations pédiatriques. Il faut parler de la puberté et des changements qui l’accompagnent afin de souligner la pertinence de cette consultation dédiée qui survient à cette étape charnière de la vie du jeune chien.
Il faut également préparer la consultation avec l’ensemble de l’équipe soignante, afin que l’offre soit homogène et bien comprise par le propriétaire. L’ASV a notamment un rôle essentiel auprès du propriétaire et pourra ainsi le sensibiliser aux différentes étapes de la vie du chien et ainsi préparer l’intervention du vétérinaire.
Quel serait, selon vous, l’âge idéal pour ce temps d’échange ?
Chez le chat, hormis quelques races à croissance longue, il y peu de variations, donc la situation est assez simple.
Mais chez le chien, il existe une très grande variabilité concernant l’âge de la puberté et il faudra vraiment se concentrer sur le format de la race, afin de s’adapter à la durée de croissance et proposer un calendrier de consultations cohérent pour chaque individu. Nous sommes justement en pleine réflexion sur le sujet au GEMP : est-il judicieux de donner un âge précis pour cette consultation pubertaire ou est-il plus pertinent d’orienter vers des tranches d’âge et ainsi s’adapter à chaque situation ?
Une question revient souvent : comment valoriser et facturer cette consultation dédiée à l’information et au conseil et qui ne comprend généralement pas d’acte médical ?
S’il est vrai que, pendant cette consultation pubertaire, il n’y a pas de geste technique, tel qu’une identification ou une injection, des actes vétérinaires sont réalisés et ne doivent pas être négligés : on réalise un examen clinique, on pèse l'animal, on détermine le score corporel et tout cela contribue à une évaluation globale qui va nourrir la discussion et la réflexion autour de la stérilisation, notamment. Ces actes doivent donc être valorisés. Mais la valorisation d’un nouveau type de consultation nécessite avant tout de structurer un service pertinent et homogène : il faut en amont s’assurer de l’adhésion et de la formation de toute l’équipe médicale, afin de proposer une offre cohérente, bien sûr, mais également parce que cela demande un certain engagement, du temps "humain" et un vrai suivi. Les ASV doivent notamment être impliqués, afin d’orienter et informer au mieux le propriétaire sur le contenu et l’intérêt de cette consultation. Certains actes, comme la pesée et le suivi de l’état corporel peuvent également leur être confiés.
Par ailleurs, comme pour toute consultation, la rédaction d’un compte-rendu est recommandée et peut faciliter la facturation de ce type de consultation, tant pour l’équipe médicale que pour le propriétaire. La réalisation d’une synthèse remise au propriétaire est généralement très appréciée par ce dernier et contribue encore à valoriser la consultation pubertaire.
La facturation reste incontournable et permet de donner toute son importance à cette consultation : elle pourra se faire selon le schéma habituel ou intégrée à une offre plus globale, sur le modèle des plans de prévention.
La consultation pubertaire est proposée depuis de nombreuses années à l'école vétérinaire de Toulouse : quel est le retour des propriétaires sur cette consultation supplémentaire ?
S’il est évident que tous les propriétaires ne vont pas adhérer à cette proposition, il y a très peu de refus lorsque la consultation pubertaire est proposée et expliquée : elle est facile à valoriser et les retours des propriétaires sont très positifs.
Il y a vraiment une demande croissante pour ce type de service : les propriétaires se posent beaucoup de questions et sont en demande d’informations et de conseils. Si la clinique ne répond pas à ce besoin, ils se documentent ailleurs, avec un risque d’information erronée et inadaptée à leur animal.
Cela laisse présager de très belles choses pour l’avenir, avec une réelle valorisation de l’expertise de l’équipe vétérinaire et d’une approche préventive et individualisée de la santé animale.
En effet, si la démarche était encore atypique en 2004 lorsque nous avons mis en place les premières consultations de médecine préventive à l’ENVT, on ressent aujourd’hui une vraie évolution des mentalités et une réelle opportunité pour de nouveaux services comme la consultation pubertaire. Les propriétaires d’animaux, et la société en général, plébiscitent de plus en plus la médecine préventive et une meilleure prise en charge de l’individu en bonne santé.
En lien avec cette évolution, il y a également un vrai besoin de formation et une vraie demande de la part des étudiants au sein des écoles vétérinaires : il est donc important de les aider à mieux maîtriser cette approche préventive et le discours adapté à chaque étape de la vie de l’animal.
Vous évoquiez tout à l’heure le travail du Groupe d’Etude de Médecine Préventive (GEMP) de l’AFVAC : la consultation pubertaire est un sujet auquel vous vous intéressez ?
Effectivement, si nous avons, il y a quelque temps déjà, défini la consultation pubertaire et identifié son importance et les enjeux que sa mise en place soulève, nous n’avons pas précisé son contenu. Nous avons donc réuni un groupe d’experts de différentes spécialités et rédigé un consensus sur la consultation pubertaire, paru en novembre 2025. Il s’agit d’un petit "guide" sur le sujet : quels sujets évoquer, dans quelles disciplines ? Comment ? Ce petit résumé permettra, nous l’espérons, de faciliter la mise en place, la réalisation et la valorisation de cette consultation de médecine préventive.
Cet article est issus du Virbac Info 175.
