Télécharger la fiche récapitulative des recommandations WSAVA par le Dr Emilie Rosset, à la fin de cet article
La synthèse de la littérature indique, qu’avant de stériliser un animal, plusieurs facteurs sont à prendre en compte ainsi que les risques spécifiques à la race. En effet, certaines races pourraient être prédisposées à des problèmes de santé influencés par la stérilisation. De fait, une consultation dédiée pour évoquer la stérilisation avec le propriétaire est recommandée aux alentours de la puberté de l’animal. De nombreux éléments sont à considérer dans l’évaluation de la balance bénéfices-risques : pour chaque cas, celle-ci doit prendre en compte le bien de l’animal, de son propriétaire et de la relation qui les unit.
En France, la stérilisation courante est chirurgicale et consiste à retirer les gonades (ovaires ou testicules). Bien qu’il s’agisse d’une intervention couramment pratiquée, la stérilisation n’est pas sans conséquence pour l’animal, à court et à plus long terme, et il est indispensable d’obtenir le consentement éclairé du propriétaire suite à la consultation.
Par ailleurs, lorsque le motif de stérilisation est comportemental, il faut rester prudent : l’impact de la stérilisation sur la plupart des comportements n’est malheureusement pas totalement prédictible et il convient donc de caractériser au mieux le comportement indésirable et bien comprendre les attentes du propriétaire. Ces notions sont détaillées dans l’article du Dr Sylvia Masson : Importance de la période pubertaire du chien : comportement stérilisation et puberté.
1. La chirurgie
Lorsque cela est possible, la stérilisation par ovariectomie des femelles est plus souhaitable que l’ovario hystérectomie, en dehors de toute affection utérine pré-existante. En effet, l’ovariectomie combine tous les avantages des autres procédures, est plus rapide, permet une incision plus petite et est associée à moins de complications potentielles. Le contrôle de l’hémostase par des sutures de Miller chez la chienne ou par des appareils de coagulation topique permet une plus grande sécurité chirurgicale. Bien qu’elle soit souvent plus onéreuse, l’ovariectomie par laparoscopie est intéressante car la douleur postopératoire est moindre. En effet, quelle que soit la méthode choisie, l’intervention chirurgicale est douloureuse et une analgésie adéquate doit donc être systématiquement mise en place avant l’acte chirurgical, tout au long de l’intervention, puis en postopératoire. Les techniques d'anesthésie locale sont particulièrement appropriées car elles peuvent fournir une excellente analgésie sans provoquer d'effets secondaires systémiques.
Il est indispensable d’obtenir le consentement éclairé du propriétaire suite à la consultation.
2. Les alternatives médicales
L'approche contraceptive idéale devrait être longue ou irréversible, très efficace et sûre, produire peu ou pas d'effets secondaires et être peu coûteuse. Par exemple, les progestatifs, administrés sur une longue durée et à doses élevées, ont de nombreux effets indésirables tels que l’augmentation du risque de tumeur mammaire, le développement de pyomètre, de diabète, etc. Leur utilisation n’est donc plus recommandée aujourd’hui, à moins d’une indication précise, d’un usage à faible dose et sur une durée extrêmement limitée. À l’inverse, l’implant de desloréline offre une alternative médicale intéressante. En effet, il permet la stérilisation des mâles pour une durée de 6 mois à un an. Sa nature réversible en fait une alternative temporaire ou définitive intéressante à la stérilisation chirurgicale pour les propriétaires indécis ou pour ceux qui veulent tester les effets de la castration, notamment au niveau comportemental.
Les implants ont l’avantage d’être sûrs et de permettre une éventuelle reproduction ultérieure.
La desloréline est un agoniste de synthèse de la GnRH. Elle a la particularité d’être présentée sous forme d’implant à libération prolongée, ce qui permet un traitement continu. Les implants existent sous deux dosages : 4,7 mg et 9,4 mg. En début de traitement, la desloréline de la GnRH stimule la libération de l’hormone lutéinisante (LH) et de l’hormone folliculo-stimulante (FSH), ce qui accentue la sécrétion des hormones gonadiques. Cet effet, nommé flare-up, dure de 1 à 2 semaines. Passé cette phase, le traitement prolongé provoque une inhibition progressive de la production des hormones gonadiques qui résulte en une contraception médicale. Les implants ont l’avantage d’être sûrs et de permettre une éventuelle reproduction ultérieure. Chez les femelles pubères, ils peuvent être utilisés hors AMM mais ont l’inconvénient de déclencher un œstrus lors de l’effet flare-up.
Enfin, l'immunocontraception via la vaccination contre la GnRH, les injections intra-testiculaires ou la thérapie génique sont des méthodes en cours de développement et sont à ce jour essentiellement utilisées pour la recherche.
La stérilisation supprime les manifestations de l’œstrus, prévient les saillies et les portées non désirées. Elle permet de prévenir ou de traiter la plupart des affections de la sphère génitale comme les affections ovariennes/testiculaires, utérines/prostatiques ou vaginales qui sont potentiellement graves. La stérilisation limite le risque d’apparition de tumeurs mammaires chez la femelle et on retiendra que plus la stérilisation est faite précocement dans la vie de la femelle, plus ce risque est diminué.
En revanche, la stérilisation chirurgicale comporte des risques anesthésiques, opératoires et postopératoires. Cependant, ces risques sont limités: la mortalité périopératoire (dans les 24 heures post injection anesthésique) est estimée à 0,009 % chez les chiens et à 0,048 % chez les chats. A contrario, les complications liées à la stérilisation chirurgicale sont plus fréquentes avec un taux de 20 %: cela inclut les hémorragies peropératoires, le syndrome de rémanence ovarienne, mais également des complications mineures, plus fréquentes, telles que l’inflammation du site chirurgical.
Il est aussi communément admis que la stérilisation est un facteur de risque majeur pour la prise de poids et l’obésité chez les carnivores domestiques, quels que soient l’espèce ou le genre. Par ailleurs, si l'incontinence urinaire est une affection multifactorielle, la stérilisation constitue indéniablement un élément majeur de la physiopathologie de cette affection. Ce risque ne doit pas être négligé, car la gêne occasionnée pour les propriétaires n’est pas moindre et les traitements relativement coûteux présentent une efficacité variable, conduisant parfois à l’euthanasie de l’animal.
Les chiens pesant plus de 20 kg présentent par ailleurs un risque accru de troubles ostéoarticulaires (rupture du ligament croisé antérieur, dysplasie des hanches, dysplasie du coude) lorsque la stérilisation est réalisée avant 1 an. De nombreuses études mesurent l’impact de la stérilisation sur le risque de développement de certains cancers (notamment l’hémangiosarcome, le mastocytome, le lymphome et l’ostéosarcome), avec des différences majeures selon les races.
A contrario, chez les chiens croisés, la stérilisation ne semble pas associée à une augmentation du risque d’avoir au moins un de ces cancers. Si certains auteurs soupçonnent l’influence de l’hormone lutéinisante LH, libérée en grande quantité dans l’organisme suite à la stérilisation chirurgicale, les mécanismes impliqués restent totalement inconnus. Toutefois, une association ne signifie pas un lien de causalité. L’incidence augmentée de certains cancers chez les animaux castrés pourrait être un reflet de l’espérance de vie augmentée (sans lien direct avec la stérilisation) et d’autres facteurs sont également à prendre en compte (médicalisation de l’animal, sexe, race, état corporel, alimentation, environnement...).

Consultation pubertaire pour discuter du bien-fondé de la stérilisation pour cette chienne
(Voir article : Valoriser le conseil : La consultation pubertaire mode d'emploi)
La stérilisation reste intéressante dans la plupart des cas en raison des problèmes de surpopulation animale et d’abandon, même dans nos sociétés développées. Néanmoins, elle peut être contre-indiquée temporairement et doit alors être reportée: c’est le cas, notamment, avant les premières chaleurs quand la chienne présente une vulve barrée ou une vaginite de la chienne prépubère, puisque cela l’expose à un risque accru de vaginites, vulvites ou cystites chroniques (photo 1). De plus, il est recommandé d’éviter de stériliser une chienne dans les 2 mois qui suivent ses chaleurs, c’est- à-dire pendant le métœstrus, au risque qu’elle présente ensuite une lactation persistante.

Photo 1 : Vulvite très importante chez une chienne de 10 ans (stérilisée avant ses premières chaleurs - vulve encapuchonnée) qui a développé du prurit intense de la zone périvulvaire et de l’inconfort. Il aurait mieux valu la stériliser 3 mois après ses premières chaleurs.
Enfin, si les propriétaires ne souhaitent pas faire stériliser leur animal pour des raisons éthiques, par conviction personnelle ou par choix (pour certaines races à risque), la consultation permet aussi de les sensibiliser sur les risques à conserver un animal entier (tumeurs mammaires, saillies...). La situation est différente pour les chats, où la stérilisation est généralement recommandée en raison des difficultés liées au maintien de chats entiers dans un foyer. La consultation de stérilisation reste néanmoins essentielle (photo 2).

Photo 2: Chat de 6 mois anesthésié pour sa castration pour lequel on s’aperçoit qu’il n’y a qu’un testicule en place : une consultation de stérilisation aurait permis de repousser temporairement la castration au cas où le testicule descende plus tardivement dans le scrotum et ainsi éviter une chirurgie plus invasive.
Il apparaît évident que l’acte de stérilisation doit être adapté au cas par cas et que le praticien doit s’interroger sur les conséquences de la stérilisation pour la santé de l’animal, sans oublier la demande de son propriétaire. Enfin, dans ce domaine, de nouvelles données sont régulièrement publiées et pourraient continuer de modifier l’évaluation de ce risque/bénéfice au fil du temps.
À la lumière des études, anciennes ou récentes, la décision de stériliser est donc un acte de diagnostic médical et la consultation préalable est indispensable.
Tableau récapitulatif...
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Cet article est issus du Virbac Info 175.
Référence :
Romagnoli S, Krekeler N, De Cramer K, Kutzler M, McCarthy R and Schaefer-Somi S. WSAVA guidelines for the control of reproduction in dogs and cats. Journal of Small Animal Practice. 2024.

