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Consultation pubertaire du chien & médecine préventive [entretien avec Dr Laure-Anne Dayan]

Dr Laure-Anne Dayan
Clinique vétérinaire Dolce Véto à St Sulpice et Cameyrac (33)

Entre la fin des vaccins de premier âge et le rappel annuel, la puberté est une étape charnière mais souvent délaissée dans le parcours de soins du chien. Pour combler ce vide, le Dr Dayan a instauré dans sa clinique une consultation pubertaire systématique entre 6 et 8 mois.

Dr Dayan, vous avez instauré une consultation pubertaire systématique pour les chiens au sein de votre clinique. Pourriez-vous préciser à quel moment cette consultation a lieu et comment vous la planifiez ?

Nous planifions cette consultation dès le départ, généralement lors de la première visite, qui se déroule autour de l'âge de trois mois. Après les consultations de deux, trois et quatre mois, le prochain rendez-vous n'intervient qu'à l'âge d'un an. J'insiste auprès des propriétaires sur le fait que nous assurons un suivi continu entre quatre mois et un an. Nous prévoyons un point spécifique — la visite pubertaire — lorsque le chien entre dans l'adolescence, car de nombreux sujets doivent être abordés et les propriétaires ont souvent beaucoup de questions. C'est pourquoi, lors de la visite des quatre mois, j'active la relance pour la visite pubertaire via notre logiciel. Je positionne le rappel entre six et huit mois en général. Cette période est caractérisée par des changements comportementaux notables, notamment une transition de l'hyper-attachement initial vers une prise d'indépendance autour de six-sept mois. C'est à ce moment précis qu'il est crucial de repositionner les bases de l'éducation.
 

Thématiques abordées et stérilisation

Quels sont les sujets précis que vous abordez durant cette consultation ?

Le contenu est vaste :

  • Vaccins optionnels : nous discutons des vaccins qui ne peuvent être administrés en même temps que les autres, comme ceux contre la piroplasmose, la maladie de Lyme ou la leishmaniose. Cela est défini en fonction du mode de vie du propriétaire et du chien.
     
  • Antiparasitaires : jusqu'à six mois, le rythme est mensuel, puis il passe à trimestriel selon les recommandations. Nous vérifions le poids du chien pour adapter la prescription des vermifuges, ainsi que celle des antiparasitaires externes.
     
  • Santé bucco-dentaire : à six mois, la chute de toutes les dents de lait est normalement achevée. C'est par ailleurs l'occasion d'aborder l'hygiène bucco-dentaire et d'enseigner le brossage des  dents. C'est d'ailleurs un argument décisif pour les propriétaires qui hésitent à venir, car le contrôle de la cavité buccale est nécessaire à cet âge.
     
  • Alimentation : nous abordons la transition vers une alimentation pour chien adulte, en tenant compte de la décision de stérilisation ou non.
     
  • Changements hormonaux et stérilisation : c'est un point central. Certains propriétaires ont déjà une idée précise concernant la stérilisation, d'autres non. Nous respectons leurs souhaits, parfois en recommandant d'attendre les premières chaleurs avant de stériliser la chienne. Nous présentons les alternatives à la chirurgie. Pour les mâles, nous cherchons à savoir s'ils présentent des signes d'hyperactivité sexuelle et, surtout, si cela est gênant pour le propriétaire.
     

Approche individualisée de la stérilisation

Concernant les options de stérilisation, comment abordez-vous les différentes solutions et quelles questions posez-vous pour orienter au mieux le propriétaire ?

Je commence par demander si le propriétaire a déjà eu des chiens. Ensuite, les questions se concentrent sur le mode de vie et les comportements :

  • Y a-t-il des soucis d'hyperactivité sexuelle ou de fugues ?
  • Y a-t-il des chiennes non stérilisées dans le voisinage ou l'entourage ?
  • Le chien marque-t-il son territoire et est-ce que cela est gênant pour le propriétaire ?
  • Le propriétaire a-t-il déjà envisagé la castration ou pas ?
  • Sait-il que des implants réversibles existent ?

Cette approche individualisée est possible précisément parce que la consultation pubertaire offre un temps dédié. Lors des visites des trois et quatre mois, il y a trop d'informations à gérer pour les propriétaires. Vers six-sept mois, ils sont passés au-delà de la phase de nouveauté, gèrent mieux leur chien et sont plus réceptifs. D'où l'intérêt de traiter les sujets au fur et à mesure. Pour comprendre leur mode de vie, il faut leur laisser le temps de parler, ce qui est irréalisable lors d'un vaccin qui ne dure que cinq minutes.
 

Justification de la consultation pubertaire

Que répondez-vous à un propriétaire qui n’en voit pas l’intérêt, car elle ne comporte pas nécessairement d’« acte » médical ?

Il y a un acte, puisqu'il y a un examen clinique même sans injection. C'est avant tout un examen général et une discussion qui aboutissent à une prescription pour des antiparasitaires (internes et externes) pour l'année. C'est une consultation dont le bien-fondé ne fait aucun doute. Il est crucial de ne pas décider à la place du propriétaire, comme c'est parfois le cas lorsque le vétérinaire programme une stérilisation "par défaut". À trois mois, le propriétaire est souvent indécis ; il faut un temps pour poser clairement la question de la stérilisation.

De plus, cette visite n'est pas "dénuée d'actes" :

  • Elle peut faire office de visite pré-chirurgicale si la stérilisation est souhaitée.
  • Nous pouvons poser un implant contraceptif à ce moment.
  • Le chien peut recevoir les vaccins contre la piroplasmose et la maladie de Lyme, ou le vaccin contre la rage.

Je réponds toujours que nous allons parler du mode de vie et des vaccins complémentaires. J'insiste sur la nécessité de contrôler la cavité buccale à partir de six mois, ce qui est généralement un argument décisif. Pour ceux qui affirment catégoriquement ne pas vouloir stériliser, je réponds qu'on peut tout de même discuter, vérifier que tout va bien et expliquer certains phénomènes comme les chaleurs de la chienne. Enfin, la  puberté est le dernier moment possible pour travailler sur le comportement du chiot. Dans tous les cas, il y a  beaucoup d'informations à transmettre sur divers sujets. Le lien est maintenu entre quatre mois et un an et les propriétaires sont informés dès le départ que ce rendez-vous fait partie du processus d'accompagnement.

Cet article est issus du Virbac Info 175. 

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