Public : Éleveurs bovins | Santé du troupeau
Les mammites bovines sont l’une des affections les plus courantes dans les exploitations laitières et peuvent entraîner une dégradation du bien-être des animaux ainsi que des pertes financières considérables.
Dans cet article, nous allons développer les causes et les signes les plus courants des mammites chez les vaches laitières, et vous proposer des stratégies éprouvées afin de prévenir et prendre en charge ces pathologies dans votre élevage laitier.
La mammite bovine est l’inflammation de la glande mammaire chez la vache.
Elle est le plus souvent provoquée par une infection intramammaire du tissu de la mamelle (mammite infectieuse), mais peut également être causée par une blessure ou un traumatisme. La maladie peut se manifester sous une forme clinique (avec des signes visibles d’inflammation), mais aussi sous une forme subclinique (sans signes visibles), qui est encore plus fréquente.
Les principaux types de bactéries responsables de mammites infectieuses chez les vaches laitières sont les staphylocoques et les streptocoques (Streptococcus uberis, Staphylococcus aureus, Streptococcus agalactiae), ou des coliformes (Escherichia coli), mais de nombreux autres types peuvent provoquer des mammites.
Les bactéries proviennent généralement de l’environnement de la vache, mais elles peuvent également se propager d’une vache à l’autre. Les agents pathogènes présents dans l’environnement se trouvent dans les bâtiments et la litière, sur le matériel, ainsi que dans le sol et le fumier. Les agents pathogènes contagieux adhèrent mieux à la peau des animaux et des humains. Ils sont donc souvent présents sur la peau des trayons, dans le canal du trayon et sur la mamelle des vaches infectées.
Bien que les nouveaux cas de mammite chez les vaches laitières soient fréquents pendant la période de lactation, ils peuvent également survenir pendant la période de tarissement, les bonnes pratiques durant cette période sont donc des facteurs très importants à maîtriser. Parmi les autres facteurs de risque, citons un défaut d’hygiène dans les bâtiments, un défaut d’hygiène lors de la traite et un défaut de nettoyage et d’entretien du matériel.
L'impact économique
Saviez-vous que les pertes indirectes (baisse de production, fertilité, réformes précoces) sont souvent bien supérieures au coût direct du traitement lui-même ?
Sources : RABOISSON D, FERCHIOU A, PINIOR B, GAUTIER T, SANS P, LHERMIE G. (2020). The Use of Meta-Analysis for the Measurement of Animal Disease Burden: Losses Due to Clinical Mastitis as an Example
les-mammites-j-anticipe.com | inrae.fr
La prise en charge et le traitement des mammites chez les vaches laitières constituent l’un des coûts les plus importants de l’industrie laitière.
Les pertes dues aux mammites résultent de plusieurs facteurs, tels que :
Les mammites peuvent être subcliniques ou cliniques.
Chez une vache présentant une mammite subclinique ou mal traitée, la mamelle peut sembler saine, sans gonflement ni rougeur, et le lait peut avoir un aspect et un goût normaux. Cependant, on peut mettre en évidence une baisse de la production, et un test montrera une augmentation du CCS.
Au stade clinique, les signes cliniques de mammite suivants peuvent être visibles :
MAMMITE CLINIQUE
Visible : Lait altéré (grumeaux), pis gonflé ou douloureux, dégradation de l'état de la vache. Elle nécessite une intervention immédiate.
MAMMITE SUBCLINIQUE
Invisible : Le lait paraît normal, la vache va bien, mais le taux de cellules (CCS) augmente. C'est la forme la plus coûteuse car elle passe souvent inaperçue.
Les mammites cliniques sont diagnostiquées au moyen d’un simple examen du lait et de la mamelle.

Les mammites subcliniques sont diagnostiquées en réalisant divers tests sur des échantillons de lait.

Pour les élevages équipés de robots de traite, ces derniers sont capables d’évaluer la qualité du lait à partir d’indicateurs tels que la conductivité électrique.
Le comptage des cellules somatiques (CCS) est un test qui mesure la concentration des cellules immunitaires de la vache dans le lait (des centaines de milliers de cellules/ml). Une augmentation du CCS indique la présence d’une inflammation et probablement d’une infection. À partir de là, des analyses de laboratoire supplémentaires peuvent être réalisées afin de déterminer les bactéries en cause.
L’un des tests couramment utilisés est la mise en culture du lait. L’échantillon de lait est mis en culture dans des conditions de laboratoire et les bactéries peuvent se développer. Les bactéries peuvent alors être isolées et identifiées.
Crédits : Réseau mammite Canada
Dans certains cas, un test de sensibilité aux antibiotiques, ou antibiogramme, est également réalisé. Il s’agit d’exposer les bactéries à un ou plusieurs antibiotiques dans des conditions de test afin d’évaluer l’efficacité de l’antibiotique.
Le fait de connaître l’agent pathogène exact et l’antibiotique le plus efficace peut aider l’éleveur et le vétérinaire à optimiser la sécurité, l’efficacité et la rentabilité du plan de traitement des mammites. Cela peut également contribuer à réduire l’utilisation d’antibiotiques en ciblant mieux les traitements initiaux, un enjeu majeur de santé publique tant chez les bovins que chez les humains.
Outre le massage de la mamelle pour évacuer le lait infecté et faciliter l’écoulement, le traitement des mammites bovines infectieuses repose généralement sur une antibiothérapie.
Les antibiotiques intramammaires constituent souvent le traitement de première intention. Ainsi, les antibiotiques sont administrés directement dans le quartier infecté via le canal du trayon. Si la vache présente des signes d’une infection plus sévère ou une inflammation dans plusieurs quartiers, des antibiotiques par voie générale peuvent également être recommandés.
En plus des antibiotiques, des traitements de soutien peuvent être nécessaires pour soulager les signes cliniques (dont la douleur !) et d’autres complications des mammites. Il peut s’agir de :
Il est important de séparer les vaches infectées des vaches saines pendant le traitement afin d’éviter la propagation de l’infection dans le troupeau. Les vaches présentant une mammite subclinique doivent être identifiées, séparées des vaches non infectées du troupeau, et traites en dernier.
Afin de réduire leur utilisation d’antibiotiques et l’antibiorésistance, certains éleveurs laitiers utilisent des méthodes de traitement alternatives en parallèle ou à la place de l’antibiothérapie (homéopathie, pommades à base de plantes ou perfusions intramammaires, probiotiques, thérapies par impulsions acoustiques…). Il est à noter que ces stratégies s’appuient sur des niveaux de preuve variables, il convient donc de s’armer de discernement lors de l’essai d’une nouvelle méthode de traitement, et de toujours se référer à votre vétérinaire d’élevage.
Les recommandations spécifiques pour le traitement chez la vache laitière varient selon qu’elle est en période sèche ou en lactation.
L’objectif du traitement de la vache tarie est de traiter les cas en cours de mammites subcliniques, et de prévenir les infections intramammaires qui peuvent se développer pendant la période de tarissement. Ces infections provoquent alors des mammites cliniques au cours de la lactation suivante.
Le traitement de la vache en lactation, quant à lui, vise à traiter les cas aigus pendant la période de lactation.
Le traitement de la vache en lactation interfère avec la production qualitative et quantitative de lait. Il exige également un temps d’attente après le traitement afin d’éviter la présence de résidus d’antibiotiques dans le lait. Afin de réduire cette période, des antibiotiques à courte durée d’action peuvent être utilisés, mais l’inconvénient est qu’ils peuvent être moins efficaces, l’évaluation doit donc se faire à la lumière de plusieurs paramètres, en concertation avec votre vétérinaire.
Le traitement de la vache tarie n’interfère pas avec la production de lait et il n’est donc pas nécessaire de jeter le lait puisque le délai entre le traitement et la première traite est généralement long (plusieurs semaines). Une concentration plus élevée d’antibiotiques à action prolongée peut donc être utilisée, avec un taux de réussite plus élevé. Cela peut également réduire l’apparition d’une mammite pendant la période de lactation, minimisant ainsi les perturbations qui y sont associées.
Il est important de noter qu’il est désormais interdit dans l’Union Européenne de traiter toutes les vaches taries avec des antibiotiques de manière prophylactique, afin de prévenir de nouvelles infections. L’utilisation d’obturateurs de trayons (traitement sans antibiotique) devrait donc être privilégiée et systématisée dans ce contexte.
Cette stratégie en 5 points pour prévenir la mammite de la vache laitière s’est avérée efficace et est basée sur des preuves. Les cinq points sont :
Consignation systématique et traitement. Tous les cas de mammites en lactation doivent être consignés et traités rapidement.
Désinfection des trayons. Après chaque traite, il convient d’utiliser un produit de trempage antimicrobien pour éliminer les bactéries des trayons.
Traitement des vaches taries infectées. Le traitement des vaches taries infectées doit être mis en place au début de chaque période de tarissement afin d’éradiquer les infections existantes et d’en prévenir de nouvelles.
Réforme des cas chroniques. Les vaches souffrant de mammites chroniques ou récurrentes constituent une source d’infection à haut risque pour le reste du troupeau et doivent être réformées.
Entretien. Tous les équipements et machines de traite doivent être régulièrement entretenus et nettoyés afin d’éviter l’accumulation et la transmission de bactéries.
L’hygiène est par-dessus tout essentielle pour prévenir la mammite. Les bâtiments et les machines de traite doivent être soigneusement nettoyés, et les vaches doivent disposer régulièrement d’une litière fraîche, propre et sèche.

Les mammites sont l’un des problèmes les plus fréquents de l’industrie laitière et représentent une perte économique importante pour les éleveurs laitiers. Une stratégie solide de prévention, de surveillance et de détection précoce constitue le meilleur moyen de minimiser l’impact des mammites dans votre élevage, et votre vétérinaire saura vous accompagner pour construire la vôtre.
EN RÉSUMÉ
