Public : Éleveurs bovins | Santé du troupeau
Le développement des antibiotiques pour les bovins a permis de réaliser de grands progrès dans les soins apportés aux animaux d’élevage. En donnant aux éleveurs de bovins un outil efficace pour traiter les maladies infectieuses, les antibiotiques pour les bovins ont considérablement amélioré la santé, le bien-être et la productivité des troupeaux.
Toutefois, l’utilisation d’antibiotiques chez les bovins peut également comporter des risques et des difficultés.
Dans cet article, nous allons explorer les meilleures pratiques pour une utilisation d’antibiotiques chez les bovins la plus responsable et efficace possible.
Un antibiotique est un médicament qui tue les bactéries ou inhibe leur prolifération.
Crédit : Wikimedia Commons
Avant la généralisation des antibiotiques, les infections bactériennes (en médecine humaine, même celles que nous considérons aujourd’hui comme mineures et faciles à traiter) pouvaient avoir des conséquences graves, parfois fatales. Il en va de même pour les bovins. Sans antibiotiques, les infections bactériennes pourraient :
Tout comme les antibiotiques destinés à l’homme ont considérablement amélioré notre résistance aux maladies, les antibiotiques pour les bovins ont aidé les éleveurs à mieux contenir ou traiter les maladies bactériennes chez leurs animaux. L’utilisation d’antibiotiques chez les bovins est donc devenue un outil précieux pour les éleveurs qui cherchent à protéger la santé, le bien-être et la productivité économique de leurs troupeaux.
Les antibiotiques pour les bovins sont utilisés des manières suivantes :

Il est important de noter que l’utilisation prophylactique des antibiotiques, soit l’administration d’antibiotiques à un troupeau en bonne santé afin de prévenir les infections, est interdite dans l’Union Européenne depuis l’entrée en vigueur de la Directive 2019/6, et donc en France.
D’autre part, les doses subthérapeutiques d’antibiotiques utilisées comme facteurs de croissance ont été interdites dans l’Union Européenne, et donc en France, en 2006. En raison de l’intensification des échanges internationaux et des préoccupations liées à l’antibiorésistance, cette disposition se répand progressivement dans le monde entier.
Avec l’augmentation de l’utilisation d’antibiotiques chez les bovins, nous avons également constaté l’apparition d’antibiorésistance chez les bactéries qui infectent ces derniers. En cas d’antibiorésistance, les bactéries évoluent et développent de nouvelles caractéristiques qui les rendent moins sensibles aux antibiotiques. Cela peut se produire pour un certain nombre de raisons, notamment :
Lorsque les bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques pour les bovins, les infections bactériennes peuvent se propager plus facilement dans le troupeau, devenir plus difficiles à traiter et provoquer des maladies plus sévères. Cela présente également des risques pour l’homme :
La décrivant comme une menace sérieuse et croissante, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme que l’antibiorésistance a déjà causé des millions de décès. Toutefois, les chiffres ne permettent pas de déterminer avec précision d’où vient le problème. Une grande partie des décès sont dus à des infections nosocomiales, principalement causées par des germes multirésistants d’origine humaine. Il faut reconnaître le risque lié à la sélection de divers gènes de résistance chez les bactéries qui infectent les animaux (puisque les animaux consomment 80 % des antibiotiques), ainsi que le danger que représente le transfert de bactéries résistantes à l’homme à travers la chaîne alimentaire, ou celui de leurs gènes à des germes qui affectent les populations humaines.
La contribution directe de l’antibiorésistance en médecine vétérinaire au problème de santé publique lié à l’antibiorésistance est encore mal comprise. Ce risque tend à diminuer avec la baisse de l’utilisation des antibiotiques en médecine vétérinaire (> 50 % au cours des 10 dernières années dans l’UE), alors que le problème s’aggrave en médecine humaine avec l’augmentation de la consommation d’antibiotiques (+ 10–15 %), en particulier dans les pays pauvres et densément peuplés (Inde, Afrique, etc.).
Pour aider à gérer le risque d’antibiorésistance, de nombreux pays ont mis en place des réglementations strictes relatives à l’utilisation des antibiotiques chez les bovins.

En 10 ans, l'exposition des animaux aux antibiotiques a baissé de :
> 50 %dans l'Union Européenne. Les éleveurs sont les premiers acteurs de cette réussite de santé publique.
Afin de contribuer à la gestion du risque d’antibiorésistance, de nombreux pays ont instauré des réglementations strictes concernant l’usage des antibiotiques dans l'élevage. Dans 108 pays, dont le Royaume-Uni, les États-Unis et les membres de l’Union européenne, l’utilisation d’antibiotiques comme facteurs de croissance est désormais interdite.
Le Royaume-Uni et l’UE interdisent également l’usage systématique à des fins prophylactiques (préventives), en imposant des règles très strictes sur les conditions d'administration. Les États-Unis autorisent l’usage préventif, bien que de nombreuses organisations s’inquiètent d’une surconsommation persistante.
Comme vous l’avez compris, les éleveurs sont particulièrement acteurs de ces changements, et il est essentiel d’utiliser les antibiotiques dans votre élevage de manière responsable afin qu’ils restent efficaces, tant pour les animaux que pour les humains. Ainsi, nous vous encourageons à appliquer ces recommandations au quotidien.
N’utilisez jamais d’antibiotiques en prévention, cette pratique étant interdite en France. Il existe de nombreuses stratégies pour améliorer la santé de votre troupeau, sans antibiotiques, que nous détaillerons plus loin.
Appuyez-vous sur votre vétérinaire d’élevage afin d’obtenir un diagnostic précis avant de commencer le traitement. Idéalement, un échantillon devrait être prélevé pour une culture bactérienne et un antibiogramme réalisé afin d’administrer l’antibiotique le plus efficace.
Respectez les indications en matière de posologie et de durée pour chaque produit à base d’antibiotiques prescrit. Un sous-dosage ou un arrêt prématuré d’un traitement par antibiotiques peut conduire à l’échec du traitement et augmenter le risque d’antibiorésistance.
Respectez les temps d’attente pour s’assurer que les concentrations résiduelles d’antibiotiques soient inférieures aux limites maximales de résidus dans les différentes denrées alimentaires, avant de vendre le lait ou d’envoyer les animaux à l’abattoir.

Les stratégies suivantes peuvent contribuer à réduire le risque d’infection, à soutenir la santé du troupeau et à minimiser le besoin d’antibiotiques chez les bovins.
Les antibiotiques jouent indéniablement un rôle essentiel dans la lutte contre les maladies chez les animaux, mais il est de plus en plus important de viser une utilisation responsable des antibiotiques chez les bovins. En suivant les bonnes pratiques et en mettant en place des stratégies proactives sans antibiotiques, vous pouvez gérer le risque d’infection dans votre troupeau sans compromettre sa santé, son bien-être et sa productivité à long terme. En même temps, vous contribuerez de manière importante à la lutte contre le problème mondial de l’antibiorésistance.
