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Temps de lecture : 7 minutes

Antibiotiques en élevage bovin : place aux bonnes pratiques !

Dr Célia Chenivesse
Vétérinaire, Responsable Technique Virbac France

Véritables piliers de la santé animale, les antibiotiques ont révolutionné l’élevage bovin. Pourtant, face au défi mondial de l’antibiorésistance, leur usage ne peut plus être systématique. Comment protéger l'efficacité de vos traitements tout en garantissant la rentabilité et le bien-être de votre troupeau ? Découvrez les clés d'une antibiothérapie responsable pour un élevage performant et durable.

picto-eleveur-bovin.png Public : Éleveurs bovins | Santé du troupeau

Le développement des antibiotiques pour les bovins a permis de réaliser de grands progrès dans les soins apportés aux animaux d’élevage. En donnant aux éleveurs de bovins un outil efficace pour traiter les maladies infectieuses, les antibiotiques pour les bovins ont considérablement amélioré la santé, le bien-être et la productivité des troupeaux.

Toutefois, l’utilisation d’antibiotiques chez les bovins peut également comporter des risques et des difficultés.

Dans cet article, nous allons explorer les meilleures pratiques pour une utilisation d’antibiotiques chez les bovins la plus responsable et efficace possible.

 

Bénéfices de l’utilisation d’antibiotiques chez les bovins

Un antibiotique est un médicament qui tue les bactéries ou inhibe leur prolifération.

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Crédit : Wikimedia Commons

Avant la généralisation des antibiotiques, les infections bactériennes (en médecine humaine, même celles que nous considérons aujourd’hui comme mineures et faciles à traiter) pouvaient avoir des conséquences graves, parfois fatales. Il en va de même pour les bovins. Sans antibiotiques, les infections bactériennes pourraient :

  • Provoquer des signes cliniques plus sévères ;
  • Augmenter le risque de décès des animaux ;
  • Se propager facilement au sein du troupeau ;
  • Diminuer la productivité du troupeau ;
  • Représenter un risque pour la santé publique par la contamination de la chaîne alimentaire et des denrées alimentaires d’origine animale.

Tout comme les antibiotiques destinés à l’homme ont considérablement amélioré notre résistance aux maladies, les antibiotiques pour les bovins ont aidé les éleveurs à mieux contenir ou traiter les maladies bactériennes chez leurs animaux. L’utilisation d’antibiotiques chez les bovins est donc devenue un outil précieux pour les éleveurs qui cherchent à protéger la santé, le bien-être et la productivité économique de leurs troupeaux.

Les antibiotiques pour les bovins sont utilisés des manières suivantes :  

  • L’administration thérapeutique est l’utilisation d’antibiotiques visant à traiter les bovins présentant une infection bactérienne active. 
  • L’utilisation métaphylactique est le traitement antibiotique pour les groupes de bovins ayant été en contact étroit avec des animaux infectés ou présentant un risque élevé de développer la maladie. Ce type de traitement peut contribuer à limiter la propagation de l’infection bactérienne dans le troupeau, à réduire la sévérité de toute infection transmise et à réduire à terme les traitements antibiotiques. 
     

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Il est important de noter que l’utilisation prophylactique des antibiotiques, soit l’administration d’antibiotiques à un troupeau en bonne santé afin de prévenir les infections, est interdite dans l’Union Européenne depuis l’entrée en vigueur de la Directive 2019/6, et donc en France. 

D’autre part, les doses subthérapeutiques d’antibiotiques utilisées comme facteurs de croissance ont été interdites dans l’Union Européenne, et donc en France, en 2006. En raison de l’intensification des échanges internationaux et des préoccupations liées à l’antibiorésistance, cette disposition se répand progressivement dans le monde entier.
 

📌 MÉMO : LES 3 CONDUITES EN ANTIBIOTHÉRAPIE
  • Curatif : Traitement d'un animal présentant des signes cliniques après diagnostic.
  • Métaphylaxie : Traitement d'un groupe en contact avec des malades pour stopper la contagion.
  • Prophylaxie : Traitement préventif sur animaux sains. Interdit en UE (Directive 2019/6).

 

 

Risques et difficultés liés à l’utilisation des antibiotiques

Avec l’augmentation de l’utilisation d’antibiotiques chez les bovins, nous avons également constaté l’apparition d’antibiorésistance chez les bactéries qui infectent ces derniers. En cas d’antibiorésistance, les bactéries évoluent et développent de nouvelles caractéristiques qui les rendent moins sensibles aux antibiotiques. Cela peut se produire pour un certain nombre de raisons, notamment : 

  • Surexposition au même antibiotique, par exemple, la prévention de routine. Les bactéries dotées de caractéristiques de résistance survivent, se reproduisent et transmettent ces caractéristiques aux nouvelles générations. 
  • Faibles doses d’antibiotiques, par exemple, pour la croissance, qui permettent aux bactéries de survivre et de s’adapter. 

Lorsque les bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques pour les bovins, les infections bactériennes peuvent se propager plus facilement dans le troupeau, devenir plus difficiles à traiter et provoquer des maladies plus sévères. Cela présente également des risques pour l’homme :

  • Nous pouvons être infectés par des bactéries résistantes aux antibiotiques par contact direct avec des animaux infectés ou via denrées alimentaires. 
  • Les bactéries qui nous affectent peuvent acquérir des gènes d’antibiorésistance provenant de bactéries animales résistantes. 

La décrivant comme une menace sérieuse et croissante, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme que l’antibiorésistance a déjà causé des millions de décès. Toutefois, les chiffres ne permettent pas de déterminer avec précision d’où vient le problème. Une grande partie des décès sont dus à des infections nosocomiales, principalement causées par des germes multirésistants d’origine humaine. Il faut reconnaître le risque lié à la sélection de divers gènes de résistance chez les bactéries qui infectent les animaux (puisque les animaux consomment 80 % des antibiotiques), ainsi que le danger que représente le transfert de bactéries résistantes à l’homme à travers la chaîne alimentaire, ou celui de leurs gènes à des germes qui affectent les populations humaines. 

La contribution directe de l’antibiorésistance en médecine vétérinaire au problème de santé publique lié à l’antibiorésistance est encore mal comprise. Ce risque tend à diminuer avec la baisse de l’utilisation des antibiotiques en médecine vétérinaire (> 50 % au cours des 10 dernières années dans l’UE), alors que le problème s’aggrave en médecine humaine avec l’augmentation de la consommation d’antibiotiques (+ 10–15 %), en particulier dans les pays pauvres et densément peuplés (Inde, Afrique, etc.).

Pour aider à gérer le risque d’antibiorésistance, de nombreux pays ont mis en place des réglementations strictes relatives à l’utilisation des antibiotiques chez les bovins. 

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📈 LE SAVIEZ-VOUS ?

En 10 ans, l'exposition des animaux aux antibiotiques a baissé de :

> 50 %

dans l'Union Européenne. Les éleveurs sont les premiers acteurs de cette réussite de santé publique.

 

Afin de contribuer à la gestion du risque d’antibiorésistance, de nombreux pays ont instauré des réglementations strictes concernant l’usage des antibiotiques dans l'élevage. Dans 108 pays, dont le Royaume-Uni, les États-Unis et les membres de l’Union européenne, l’utilisation d’antibiotiques comme facteurs de croissance est désormais interdite.

Le Royaume-Uni et l’UE interdisent également l’usage systématique à des fins prophylactiques (préventives), en imposant des règles très strictes sur les conditions d'administration. Les États-Unis autorisent l’usage préventif, bien que de nombreuses organisations s’inquiètent d’une surconsommation persistante.

 

Bonnes pratiques relatives à l’utilisation des antibiotiques chez les bovins

Comme vous l’avez compris, les éleveurs sont particulièrement acteurs de ces changements, et il est essentiel d’utiliser les antibiotiques dans votre élevage de manière responsable afin qu’ils restent efficaces, tant pour les animaux que pour les humains. Ainsi, nous vous encourageons à appliquer ces recommandations au quotidien.

picto-1.pngN’utilisez jamais d’antibiotiques en prévention, cette pratique étant interdite en France. Il existe de nombreuses stratégies pour améliorer la santé de votre troupeau, sans antibiotiques, que nous détaillerons plus loin.
 

picto-2.pngAppuyez-vous sur votre vétérinaire d’élevage afin d’obtenir un diagnostic précis avant de commencer le traitement. Idéalement, un échantillon devrait être prélevé pour une culture bactérienne et un antibiogramme réalisé afin d’administrer l’antibiotique le plus efficace. 
 

picto-3.pngRespectez les indications en matière de posologie et de durée pour chaque produit à base d’antibiotiques prescrit. Un sous-dosage ou un arrêt prématuré d’un traitement par antibiotiques peut conduire à l’échec du traitement et augmenter le risque d’antibiorésistance. 
 

picto-4.pngRespectez les temps d’attente pour s’assurer que les concentrations résiduelles d’antibiotiques soient inférieures aux limites maximales de résidus dans les différentes denrées alimentaires, avant de vendre le lait ou d’envoyer les animaux à l’abattoir. 

 

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Stratégies de prévention sans antibiotiques pour la santé des bovins

Les stratégies suivantes peuvent contribuer à réduire le risque d’infection, à soutenir la santé du troupeau et à minimiser le besoin d’antibiotiques chez les bovins.

 

Hygiène et biosécurité

  • Veillez à ce que les bâtiments et les cases de vêlage soient propres et bien ventilés. 
  • Mettez tous les nouveaux bovins en quarantaine à la recherche d’éventuels signes de maladie, et occupez-vous des animaux en quarantaine en dernier. 
  • Isolez rapidement les animaux infectés. 
  • Nettoyez et désinfectez le matériel avant de l’utiliser pour un autre lot d’animaux.
  • Réduisez au minimum le contact entre les visiteurs et les bovins, surtout jeunes, et sécurisez les clôtures afin d’éviter tout contact avec les bovins voisins. 
  • Respectez des pratiques strictes en matière de gestion des déchets. 

 

Pratiques d'élevage

  • Mettez en place un programme de vaccination complet et adapté à votre élevage. 
  • Veillez à ce que les nouveau-nés reçoivent au moins trois litres de colostrum dans les six heures suivant la naissance afin de renforcer l’immunité naturelle.  
  • Minimisez les manipulations pour éviter le stress. 
  • Évitez la surpopulation des enclos et des cases. 
  • Veillez à ce que les animaux aient toujours accès à de l’eau propre et qu’elle soit testée régulièrement. 

 

Plan de nutrition et complémentation

  • Choisissez des aliments riches et complets pour les adultes, contenant des enzymes, des nutraceutiques, des acidifiants, des probiotiques et des prébiotiques. 
  • Veillez à ce que l’alimentation des veaux contienne des graisses insaturées, des glucides à base de lactose plutôt que d’amidons, ainsi que des sources de protéines hautement digestibles comme la poudre de lactosérum. 
  • Ajoutez des fibres sous forme de fourrage et complémentez votre troupeau avec des oligo-éléments, pour booster leur immunité et limiter la survenue des infections.

 

⭐ L'AVIS DE NOTRE EXPERTE
Dr Célia Chenivesse : "Soutenir l'immunité naturelle lors des phases critiques (vêlage, sevrage, transport) grâce aux oligo-éléments est le premier levier pour renforcer la résistance des animaux et réduire durablement le recours aux traitements curatifs."

 

Les antibiotiques dans votre élevage : que retenir ?

Les antibiotiques jouent indéniablement un rôle essentiel dans la lutte contre les maladies chez les animaux, mais il est de plus en plus important de viser une utilisation responsable des antibiotiques chez les bovins. En suivant les bonnes pratiques et en mettant en place des stratégies proactives sans antibiotiques, vous pouvez gérer le risque d’infection dans votre troupeau sans compromettre sa santé, son bien-être et sa productivité à long terme. En même temps, vous contribuerez de manière importante à la lutte contre le problème mondial de l’antibiorésistance.

 

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