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Temps de lecture : 7 minutes

Les parasites internes chez les bovins : les connaître et prévenir leurs conséquences

Dr Célia Chenivesse
Vétérinaire, Responsable Technique Virbac France

Une infestation parasitaire non maîtrisée peut lourdement impacter la croissance de vos animaux et la rentabilité de votre exploitation. Entre pertes de poids, baisses de production et risques de mortalité, les enjeux sont majeurs. Découvrez comment identifier les principaux vers (strongles, douves, paramphistome) et mettre en place une stratégie de prévention efficace associant gestion des pâturages et traitements raisonnés.

picto-eleveur-bovin.png Public : Éleveurs bovins | Santé du troupeau

Une infestation parasitaire chez les bovins peut avoir un impact négatif majeur sur la santé et la productivité du troupeau. Les animaux infectés peuvent présenter une perte d’appétit et une perte de poids importante, ce qui entraîne une baisse de rendement et de rentabilité. En outre, l’infection peut se propager rapidement au sein du troupeau et réduire la résistance des animaux à d’autres infections et maladies.

C’est la raison pour laquelle nous souhaitons vous partager les stratégies les plus efficaces pour limiter le risque et la propagation des vers dans votre troupeau.

 

Les parasites internes fréquents chez les bovins

Les vers les plus souvent retrouvés chez les bovins varient selon la région et le climat, mais voici les principaux  :

Strongles gastro-intestinaux :

Ces vers ronds (nématodes) sont les vers les plus courants chez les bovins, en particulier les jeunes bovins au pâturage. Ils transitent dans la caillette et interfèrent avec les fonctions digestives.

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Bourse caudale d’Ostertagia ostertagi. Cette espèce vit dans la caillette et constitue l’espèce de strongle digestif la plus pathogène chez les bovins. (Crédit : N. Ravinet)

 

Strongles pulmonaires :

Affectant le plus souvent les jeunes bovins au pâturage, ces nématodes migrent depuis l’intestin jusqu’aux poumons, endommageant le système respiratoire.

 

Douves et Paramphistome :

Ces vers plats (trématodes) migrent vers le foie et les canaux biliaires, ainsi que dans le rumen, et provoquent une baisse de l’état général, des troubles digestifs voire des maladies hépatiques.

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Fasciola hepatica, la grande douve du foie (Crédit : C. Lebis)

 

🗓️

Calendrier de vigilance : Les périodes à haut risque

Printemps

Réveil des parasites : Sortie des larves dans les pâturages. Début des traitements de routine.

Été

Pic de contamination : Risque élevé avec la chaleur, surtout pour les jeunes bovins de première année.

Automne

Risque persistant : Vigilance avant la rentrée en bâtiment. Période clé pour les traitements contre la douve.

Alerte Pluie

Zones Humides : Risque maximal pour la Grande Douve après de fortes pluies ou en prairies marécageuses.

Note : Le risque augmente en cas de surpâturage ou de météo douce et humide.

 

La plupart des parasites internes des bovins se développent dans des environnements tempérés avec un climat chaud et humide. Ils commencent à apparaître au printemps et atteignent généralement leur pic au milieu de l’été, faisant de l’été et du début de l’automne une période à haut risque pour l’apparition des maladies parasitaires.

Ils contaminent les pâturages via les bouses des animaux infestés et sont ensuite ingérés par les bovins au pâturage.

L’exception est la douve du foie, qui est transmise par des gastéropodes aquatiques. Ces gastéropodes sont généralement présents dans des zones humides et boueuses, telles que le pourtour des lacs, des marais et des marécages, et sont plus actifs après de fortes pluies.

Alors que les douves du foie ont tendance à affecter les bovins de tout âge, ceux-ci développent avec l’âge une certaine résistance à la plupart des autres vers. Toutefois, comme les veaux et les jeunes bovins n’acquièrent pas une résistance suffisante avant l’âge d’un an au moins, les jeunes animaux au pâturage sont particulièrement vulnérables au cours de la première et de la deuxième saison.

Pour les bovins de tous âges, le risque et la sévérité de l’infection augmentent en cas de sécheresse, lorsque la zone de pâturage est restreinte, et lorsque les animaux n’ont pas une nutrition optimale.

 

Reconnaître les signes de parasitisme interne chez les bovins

🚩

Signes d'alerte : Votre troupeau est-il infesté ?

Outre la baisse de croissance et de production laitière, surveillez ces signes spécifiques sur vos animaux :

  • Diarrhée profuse : Liquide, verte ou noirâtre (évoque souvent Ostertagia).
  • Problèmes respiratoires : Toux sèche, persistante ou salivation mousseuse (dictyocaulose).
  • Anomalie morphologique : Œdème sous la mâchoire, aussi appelé "signe de la bouteille", typique de la Grande Douve.
  • Aspect général : Poil piqué, apathie et muqueuses pâles (anémie).

⚠️ Au moindre doute, contactez votre vétérinaire pour un diagnostic de certitude.

 

Quel que soit le type d’infestation par les vers, les bovins infestés peuvent présenter les signes généraux suivants :

  • Perte d’appétit
  • Perte de poids ou retard de croissance
  • Diarrhée liquide et profuse
  • Toux persistante
  • Apathie
  • Poil piqué
  • Diminution de la production de lait
  • Anémie

Certains signes sont également spécifiques à certaines infections parasitaires :

  • Ostertagia : diarrhée profuse liquide de couleur verte ou noirâtre, lésions de la caillette douloureuses.
  • Strongles pulmonaires : essoufflement, toux sèche et persistante, et salivation mousseuse.
  • Douves du foie : œdème sous la mâchoire (« signe de la bouteille ») et maladies métaboliques pendant la gestation.

 

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Dictyocaulus viviparus (Crédit : GDS 85)

 

En cas d’infestation sévère et persistante, l’atteinte peut aller jusqu’au décès de l’animal.

La détection précoce des vers chez les bovins est essentielle afin de prévenir les maladies graves, la transmission au sein du troupeau et la perte de productivité. En cas de suspicion d’infestation par des vers, il est important de consulter votre vétérinaire d’élevage. Il peut réaliser des tests, tels qu’une coproscopie, afin d’identifier le parasite, sa prévalence dans le troupeau et le plan de traitement le plus efficace.

 

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Oeuf de grande douve observé au microscope. (Crédit : Alan R Walker, licence creative Commons)

 

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Oeuf de grand strongle observé au microscope (Crédit : T. Hue)

 

Les stratégies de traitement des parasites internes chez les bovins

Les vers chez les bovins sont traités avec une classe de médicaments appelés anthelminthiques. En voici les principaux groupes :

  • Les lactones macrocycliques (ivermectine, éprinomectine, avermectine)
  • Les benzimidazoles (oxfendazole, fenbendazole, albendazole, fébantel...)
  • Les imidothiazoles (lévamisole, pyrantel)

Les trois groupes sont actifs contre les principales espèces de strongles digestifs et pulmonaires.

Le lévamisole est considéré comme un produit à « spectre étroit » et est généralement limité à ces strongles. Les benzimidazoles sont généralement également efficaces contre les ténias et les grandes douves adultes ; tandis que les lactones macrocycliques, rarement efficaces contre la douve, peuvent également être efficaces contre d’autres parasites externes tels que les acariens, les varrons et les poux.

Il existe également des associations thérapeutiques contenant un ou plusieurs types de médicaments.

Le traitement approprié pour votre troupeau dépendra des parasites présents, ainsi que de tout autre parasite à haut risque contre lequel vous souhaitez le protéger. Quel que soit le produit que vous choisissez, suivez ces bonnes pratiques afin que le traitement soit le plus efficace possible :

  • Dosez et administrez systématiquement le produit conformément aux instructions du fabricant, comme indiqué dans les notices.
  • Ne mélangez pas différents vermifuges.
  • Consignez de manière précise tous les produits administrés.
  • Veillez à ce que les périodes d’attente pour le lait et la viande soient respectées.
  • Veillez à ce que le matériel réutilisable soit nettoyé, désinfecté et stocké de manière adéquate.
  • Évitez d’utiliser des traitements à appliquer sur une peau abîmée ou des poils mouillés (sauf si les traitements sont résistants à l’eau).
  • Après le traitement, transférez les animaux vers des pâturages à faible risque parasitaire.

 

Les stratégies de prévention des parasites internes chez les bovins

Les vermifuges constituent un élément important de la prévention. En plus des principes ci-dessus, intégrez les stratégies suivantes dans votre programme de prévention parasitaire :

  • Confirmez la présence de parasites dans votre troupeau et le cas échéant lesquels. Rapprochez-vous de votre vétérinaire pour déterminer si un diagnostic individuel ou collectif est plus approprié dans votre élevage.
  • Commencez à traiter les bovins élevés en pâturage au début du printemps afin de limiter la multiplication des populations de parasites au printemps et en été.
  • Répétez le traitement des veaux et des adultes avant la sortie en pâturage d’été.
  • Envisagez de vermifuger à nouveau les adultes à l’automne.
  • Déterminez le plus précisément possible la dose à administrer à chaque animal en fonction de son poids vif.
  • Changez régulièrement de vermifuge afin de limiter la résistance aux médicaments.
  • Par mesure de précaution, traitez tous les nouveaux animaux dont l’origine est incertaine avant de les intégrer dans votre troupeau.

Les stratégies non médicamenteuses suivantes peuvent également contribuer à la prévention des vers chez les bovins :

  • Veillez à un apport suffisant en protéines, vitamines et minéraux afin de renforcer la résilience et l’immunité du troupeau. 
  • Envisagez de donner des compléments alimentaires et des fourrages ayant des propriétés antiparasitaires naturelles, tels que la luzerne et la terre de diatomée. 
  • Placez les bovins les plus à risque (veaux et jeunes d’un an) dans les pâturages les moins à risque, par exemple, ceux qui ont été récemment broutés par des adultes uniquement ou par d’autres espèces. 
  • Assurez une rotation régulière des pâturages afin d’éviter le surpâturage. 
  • Mettez les pâturages au repos pendant au moins 60 jours entre les cycles de pâturage afin de réduire la charge parasitaire et permettre la régénération de l’herbe. 
  • Envisagez de faire paître d’autres espèces animales dans les pâturages pendant de courtes périodes entre les cycles de pâturage afin de réduire la charge parasitaire. 
  • Fauchez et hersez régulièrement afin d’exposer et assécher les larves de vers. 
  • Empêchez le pâturage dans les zones humides à haut risque, en particulier pendant la saison des pluies. 

 

5 réflexes pour un traitement réussi

1
Pesez vos animaux : Ajustez la dose précisément en fonction du poids vif pour éviter les sous-dosages.
2
Variez les molécules : Alternez les groupes d’anthelminthiques pour limiter l'apparition de résistances.
3
La bonne dose au bon moment : administrez les traitements dans les meilleures conditions en fonction de la prescription.
4
Quarantaine : Traitez systématiquement tout nouvel arrivant avant son intégration au troupeau.
5
Rotation : Déplacez les animaux vers une parcelle "propre" après le traitement.

Expertise Virbac : Une bonne nutrition renforce la résilience face aux parasites.

 

 

Travailler en collaboration avec le vétérinaire pour prévenir les parasites internes chez les bovins

Les vers chez les bovins peuvent représenter une source importante de maladie et de perte de productivité. Mais, heureusement, ils peuvent être largement évités grâce à une stratégie de prévention solide qui intègre des traitements vermifuges pertinents, une gestion proactive des pâturages et un plan nutritionnel bien adapté. La stratégie idéale variera en fonction de votre élevage et de ses caractéristiques (géographiques notamment), et votre vétérinaire pourra construire avec vous un plan de prévention sur mesure.

 

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