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Troubles de la mobilité chez le chien : quelle prise en charge au long cours ?

Dr Guillaume Ragetly
Dipl. ACVS et ECVS, PhD CHV Frégis, Paris

La prise en charge au long cours des troubles chroniques de la mobilité est complexe. Elle nécessite souvent une approche multimodale et un engagement des propriétaires qui passent par une alliance thérapeutique solide avec le vétérinaire.

Le Dr Guillaume Ragetly, spécialiste en chirurgie orthopédique, nous éclaire sur cet enjeu de santé.

Au premier rang des troubles de la mobilité se trouve l’arthrose, une affection chronique dégénérative des articulations qui se traduit par des douleurs dont l’incidence augmente avec l’âge et dont l’expression clinique est un trouble de la mobilité.

Elle correspond à une dégradation progressive du cartilage et des modifications des diverses structures de l’articulation (cartilage, os sous chondral, capsule, éléments péri-articulaires). Elle a pour origine la combinaison de facteurs biologiques (dégradation enzymatique du cartilage) et mécaniques (instabilité, anomalie de conformation, traumatisme).

 

Dr Ragetly, pourquoi est-il important de bien établir le diagnostic avant de passer au traitement ?

Si l’on prend le cas, fréquent, de l’arthrose, elle génère de la douleur, qui entraîne une réduction de la mobilité et une perte musculaire. Celles-ci ont des effets négatifs sur l’articulation, accentuant arthrose et douleur. Ce cercle vicieux s’installe progressivement, sur des animaux vieillissants et il n’est donc souvent observé que trop tardivement.

L’origine de la douleur arthrosique est liée au déclenchement de la « cascade enzymatique » qui aboutit à la dégradation du cartilage : des « inducteurs » du phénomène douloureux sont amplifiés comme le NGF. D’autres phénomènes participent au processus douloureux : la stase veineuse, le décollement périosté secondaire à la formation des ostéophytes, l’augmentation des contraintes sur le tissu osseux sous-jacent, les sollicitations anormales ou excessives sur la capsule et les ligaments, aggravées par l’amyotrophie, les contractures musculaires réactionnelles, etc.

 

citation3.pngLe déclenchement d'une "cascade enzymatique" aboutit à la dégradation du cartilage

 

 

L’intensité du phénomène douloureux et de l’altération fonctionnelle ne sont pas directement corrélées avec l’importance des lésions histologiques ou radiographiques.

L’anamnèse et l’examen clinique — incluant examen général, examen nerveux, examen orthopédique à distance et examen rapproché — permettent de suspecter une atteinte articulaire. Les radiographies sont souvent suffisantes pour préciser l’affection. Elles permettent de mettre en évidence les lésions d’arthrose (modification de l’os sous chondral, ostéophytes) mais aussi la cause de cette arthrose (malformation, instabilité, etc).

Au-delà du diagnostic de l’arthrose, le rôle du vétérinaire est de comprendre l’origine de la dégénérescence du cartilage, pour pouvoir mieux adapter ses recommandations. Cela peut donc nécessiter de réaliser des examens plus complexes comme un scanner, une échographie ou une IRM.

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Quid de la gestion au long cours ?

Le chien sujet aux troubles articulaires souffre ou va souffrir de ces affections évolutives. Il faut donc, dès que possible, adopter des mesures préventives et thérapeutiques pour améliorer les troubles chroniques de la mobilité et réduire l’impact à venir sur la qualité de vie du chien.

De multiples modalités sont à mettre en oeuvre pour optimiser le résultat : un ensemble de mesures d’hygiène de vie sont à associer à des solutions médicales et éventuellement chirurgicales. Les objectifs sont de diminuer la douleur et l’inflammation articulaire, d’améliorer le fonctionnement articulaire, de limiter le traumatisme articulaire, et, idéalement, d’éliminer les causes sous-jacentes.

 

Passe-t-elle par des mesures générales d’hygiène de vie ?

Oui, et elles reposent sur trois grands objectifs :


1. Optimiser le poids corporel de l’animal

Le surpoids est un facteur de risque de l’arthrose. Le maintien d'un état corporel optimal permet de retarder l’apparition des premiers signes cliniques d'arthrose, de l'âge de 6 ans à 12 ans d’après une étude prospective chez des Retrievers1.

Pour le chien arthrosique, la perte de poids diminue les forces exercées sur les surfaces articulaires, ce qui soulage l’animal sans avoir recours à un traitement. En cas de surpoids sur un chien arthrosique, une amélioration de la démarche est observée dès une perte de 6 % du poids.

En pratique, il faut bien estimer le poids optimal pour connaître le besoin calorique d’entretien. Pour réduire le poids, l’alimentation doit couvrir moins que ce besoin.

 

2. Développer les masses musculaires

Le patient qui souffre de trouble chronique de la mobilité est généralement réticent à l’exercice physique. Pourtant, cette mobilité diminuée aggrave la douleur, l’amyotrophie et le dysfonctionnement articulaire. Il faut donc relancer le fonctionnement articulaire et stimuler à nouveau l’activité musculaire. Une activité régulière et modérée (de faible impact) est bénéfique chez l’animal arthrosique. Elle permet de diminuer l’intensité de la douleur et de limiter l’inflammation mais aussi de développer une force musculaire qui limitera les traumatismes articulaires. Cette activité doit être adaptée à la capacité du patient mais donc quotidienne et fractionnée pour permettre un gain plus rapide de masse musculaire.

Un programme de rééducation, réalisé dans un centre de physiothérapie avec plusieurs modalités (hydrothérapie, plateforme de mobilisation fonctionnelle, électrostimulation) peut accélérer le développement des masses musculaires de façon optimale. 


3. Prévenir les traumatismes supplémentaires

Les chocs articulaires sont à éviter sur une articulation arthrosique. Il convient ainsi de limiter les activités d’impact (courses violentes, escaliers, jeux avec d’autres chiens, balles…).

Les bienfaits de simples modifications de l’environnement ne sont pas négligeables non plus : il faut éviter les sols glissants, surélever les gamelles, utiliser des rampes pour la voiture…

 

Quelle est la place des compléments nutritionnels pour réduire l’impact des troubles articulaires ?

Les acides gras oméga-3 sont les compléments nutritionnels dont l’efficacité a été la plus documentée lors de troubles chroniques de la mobilité. Ils freinent le cycle de la dégradation articulaire. L'apport d'EPA et DHA (oméga-3) permet de concurrencer l'acide arachidonique (oméga 6) dans la formation des prostanoïdes, l’EPA et le DHA étant à l'origine de différents prostanoïdes.

Les autres compléments ayant le plus de preuves d’efficacité sont le collagène de type II non dénaturé, les extraits de moule verte de Nouvelle Zélande et la membrane de coquille d’oeuf — riche en collagène, élastine et autres protéines. L'utilisation de glucosamine et la chondroïtine sulfate, pourtant d’utilisation très répandue et sujets de nombreuses études, n’ont pas été démontrées comme utiles.

De nouveaux produits viennent d’arriver sur le marché et ont montré des résultats prometteurs : Movoflex® contient de la membrane de coquille d’oeuf, de la farine de krill — riche en oméga 3 —, de l’astaxanthine — antioxydant puissant —, de l’acide hyaluronique et des acides boswelliques.

 

Pouvez-vous nous parler du traitement médical ?


Le traitement médical a pour objectif de limiter l’inflammation articulaire et d’améliorer le confort de l’animal. Pour certains patients, son utilisation peut être temporaire, le temps que les modifications de l’hygiène de vie fassent leur effet ; pour d’autres, un traitement continu reste la meilleure solution pour garder une qualité de vie optimale.

Le traitement médical fait appel en premier chef à des produits qui exercent une action rapide sur les causes entraînant les symptômes de l’affection, essentiellement représentés par les anti-inflammatoires non-stéroidiens (AINS). L’efficacité supérieure des traitements de longue durée a fait l’objet d’une revue systématique des publications chez le chien car l’inflammation peut être présente même sans signe clinique fort, et elle a un effet néfaste sur la structure articulaire. La stratégie de recherche de la dose minimale efficace peut présenter un intérêt. Les effets indésirables digestifs (érosions gastroduodénales, entéropathies…) sont fréquents, mais habituellement peu graves. Les anticorps monoclonaux anti-NGF représentent une thérapie efficace grâce à leur blocage de l’action du NGF sur le récepteur TrkA bloquant les signaux nerveux de la douleur. Cette protéine a une durée d'action de 4 semaines et est dégradée en acides aminés réduisant ainsi les effets secondaires de manière considérable. L’efficacité d’autres molécules analgésiques peut aider parfois à casser le cercle vicieux lié à la douleur de manière plus rapide (gabapentine en cas de sensibilisation nerveuse, amantidine, ou tramadol pour son rôle analgésique).

 

Y a-t-il d'autres approches complémentaires ?

Des modalités analgésiques complémentaires sont de plus en plus mises en avant pour leur caractère peu invasif et leur effet d’épargne sur le besoin de traitements médicamenteux. Beaucoup d’approches différentes ont été décrites, mais peu de justifications scientifiques sont actuellement disponibles.

Le laser est de plus en plus utilisé en raison de la grande tolérance des animaux. La lumière laser, en transférant l'énergie vers les tissus, pourrait améliorer le métabolisme et l'homéostasie, stimulant ainsi le processus de guérison.

Les effets bénéfiques des concentrés plaquettaires reposent sur des facteurs de croissance présents dans le plasma et libérés par les plaquettes. Plus récemment, des « cellules souches » sont également commercialisées en France. Ces cellules mésenchymateuses semblent avoir principalement des propriétés anti-inflammatoires qui pourraient être plus durables que les concentrés plaquettaires. Elles nécessitent une injection intra-articulaire. Plusieurs études ont montré une efficacité pour réduire les symptômes de l’arthrose.

 

Quand doit-on envisager les traitements chirurgicaux ?

Le traitement étiologique est à envisager s’il permet d’éliminer la cause sous-jacente de l’arthrose. Ainsi, lors de rupture de ligament croisé, stabiliser l’articulation est le traitement de choix ; il en est de même de l’extraction arthroscopique de fragment articulaire lors de dysplasie de coude. Ces interventions sont d’autant plus efficaces qu’elles sont réalisées précocement.

Les traitements de dernier recours (prothèse de hanche notamment) sont également une option thérapeutique lorsque l’ensemble des mesures hygiéniques, alimentaires et médicamenteuses ne permet pas de maintenir une qualité de vie suffisante. Les troubles chroniques de la mobilité ont une incidence plus élevée que l’on ne pense chez les chiens. Lorsqu’ils atteignent des stades cliniques avancés, le degré de handicap est potentiellement important et l’espérance de vie est impactée. Il convient donc de prévenir leur développement, ou de le ralentir le plus précocement possible lorsqu’un processus pathologique est engagé.

Une alliance thérapeutique solide est primordiale entre le vétérinaire et le propriétaire, nécessitant de concentrer les efforts initiaux sur les approches les plus efficaces et de compléter, si besoin, ces approches durables par d’autres traitements. Certaines évolutions aident à compléter notre arsenal thérapeutique.

 

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Référence :

1. Smith GK et al, Lifelong diet restriction and radiographic evidence of osteoarthritis of the hip joint in dogs, JAVMA 2006, 229, 5