Les vaccins contre le typhus et le coryza restent des valences essentielles1. Tous les chats doivent être correctement vaccinés. Les experts de la WSAVA insistent sur l’importance du premier rappel à 6 mois pour ces deux valences bien qu’il n’y ait pas de données scientifiques pour étayer cette recommandation. L’unique étude sur laquelle s’appuie la WSAVA s’intéresse seulement au typhus et concerne un faible échantillon de chats. Parmi les chatons de l’étude n’ayant pas séroconverti après l’injection à 16 semaines, la majorité ne présentait plus d’anticorps (Ac) maternels détectables au moment de la vaccination2.
En revanche, il reste primordial de réaliser une dernière injection de primo-vaccination à 16 semaines ou au-delà, âge à partir duquel les Ac maternels ont disparu.
La WSAVA précise également les intervalles à respecter entre les rappels. Pour le typhus, ils restent recommandés tous les 3 ans. Pour le coryza, les experts préconisent de vacciner non pas selon les données des RCP (Résumé des Caractéristiques du Produit) des vaccins, mais selon le risque infectieux et donc le mode de vie de l’animal. Les chats ayant accès à l’extérieur et/ou ayant des contacts réguliers avec leurs congénères doivent être vaccinés tous les ans ; pour les chats vivant en intérieur strict, tous les 3 ans suffisent. Toutefois, compte tenu de l’extrême contagiosité du calicivirus, de sa résistance et de la baisse rapide de l’immunité vaccinale après un an, un rappel annuel peut se justifier pour tous les chats.
Compte tenu de l’extrême contagiosité du calicivirus, de sa résistance et de la baisse rapide de l’immunité vaccinale après un an, un rappel annuel peut se justifier pour tous les chats.
En résumé, pour les valences typhus et coryza, le protocole vaccinal du chaton implique trois injections, classiquement à 8, 12 et 16 semaines d’âge. Le premier rappel s’effectue à un an d’âge, puis tous les 3 ans pour le typhus et tous les ans pour le coryza.
La leucose féline est due à un rétrovirus oncogène, le FeLV3. Les chats adultes se contaminent principalement par morsures et les chatons via leur mère(lait ou léchage). Le FeLV est très peu résistant dans le milieu extérieur ; des contacts étroits entre les chats sont donc nécessaires pour qu’il y ait une contamination. La transmission indirecte, via le partage rapproché de gamelles, est rarement décrite. Malgré ces données, la WSAVA a placé la vaccination contre la leucose comme une valence essentielle pour tous les chats de moins d’un an. Autant il est important de vacciner le plus rapidement possible les chatons qui auront un accès à l’extérieur, autant la vaccination systématique des chatons qui ne sortiront pas ne se justifie pas. La vaccination contre la leucose n’est donc toujours pas une valence essentielle.
Les protocoles de primo-vaccination restent inchangés : tous les vaccins disponibles nécessitent 2 injections à 3-4 semaines d’intervalle pour obtenir une protection optimale, quel que soit l’âge du chat au moment de sa primo vaccination. Le premier rappel doit être effectué dans l’année qui suit. Pour les rappels suivants, la WSAVA ne tient compte ni des données scientifiques disponibles ni des indications des RCP, et recommande un rappel tous les 2 ou 3 ans pour tous les vaccins. Pourtant, les vaccins inactivés et sous-unités adjuvés ont des durées d’immunité indiquées à 3 ans, alors que le RCP du vaccin vectorisé indique une DOI (Duration of Immunity, durée d’immunité) d’un an. A la connaissance de l’auteur, il n’existe aucune publication démontrant une protection au-delà d’un an pour ce dernier vaccin.

La vaccination contre la leucose n’est donc toujours pas une valence essentielle.
Compte tenu de l’absence de données, il est préférable de suivre les recommandations des RCP pour les rappels des vaccins contre la leucose : tous les 3 ans pour les vaccins inactivés et sous-unités, et tous les ans pour les vaccins vectorisés.
Fibrosarcomes post-injections :
Faut-il encore avoir peur de la vaccination ?
Les FISS (Feline Injection-Site Sarcoma) ou fibrosarcomes post-injections sont des tumeurs rares mais très agressives localement. Malgré des exérèses chirurgicales larges, les récidives sont fréquentes et le pronostic à moyen terme reste réservé.
Une augmentation de l’incidence des FISS a été observée chez les chats dans les années 1990 aux USA, peu de temps après la mise sur le marché des vaccins contre la rage et la leucose féline adjuvés avec des sels d’aluminium. Ce lien temporel, conjugué au caractère très inflammatoire de ces tumeurs, a conduit à l’hypothèse que les sels d’aluminium pourraient favoriser le développement des FISS en induisant une réaction inflammatoire locale chronique.
Depuis, plusieurs études ont tenté de confirmer cette hypothèse. La fréquence des FISS étant très faible (moins d’un sur 10 000 à 50 000 chats vaccinés), il n’a pas été possible de prouver un lien mécanistique entre sels d’aluminium et les FISS. Les études épidémiologiques rétrospectives ont montré des résultats discordants, la majorité d’entre elles ne mettant pas en évidence de lien entre FISS et vaccination et FISS et vaccins adjuvés. A l’heure actuelle, les FISS sont très rarement observés malgré une augmentation significative de la couverture vaccinale chez le chat, y compris avec des vaccins adjuvés. Il n’a pas été possible de mettre en évidence une différence de risque entre les vaccins adjuvés et non adjuvés. Une étude rétrospective réalisée sur 5 ans à partir des données de déclaration de pharmacovigilance de l’ANMV a répertorié 8 déclarations de FISS sur des sites d’injection vaccinale pour environ 2,8 millions de chats vaccinés.
Pour limiter les risques de développement des FISS et faciliter leur gestion, plusieurs bonnes pratiques d’injection en SC sont à respecter chez le chat, quel que soit le médicament administré (d’après l’ABCD : guideline for feline injection sarcoma, 2025) :

Toujours injecter les produits à température ambiante

Utiliser une aiguille neuve (différente de celle
ayant servi à prélever le produit)

Choisir un site d’injection où une exérèse
chirurgicale large serait possible (ex : membre
distal)

Surveiller toute masse au point d’injection et
procéder à son exérèse pour analyse si elle
répond à la règle des « 3-2-1 » : persistance 3
mois après l’injection ou diamètre supérieur à 2
cm ou augmentation de la taille en 1 mois.
Références :
1. Squires R.A, Crawford C., Marcondes M. and Whitley N.. 2024 guidelines for the vaccination of dogs and cats compiled by the Vaccination Guidelines Group (VGG) of the World Small Animal Veterinary Association (WSAVA). 2024. Journal of Small Animal Practice.
2. Jakel V., Cussler K., Hanschmann K.M., Truyen U., König M., Kamphuis E. and Duchow K. Vaccination against Feline Panleukopenia: implications from a field study in kittens. 2012. BMC Veterinary research Vol 8:62.
3. Hofmann-Lehmann R and Hartmann K. Feline leukemia virus infection – ABCD recommendations and review of the literature. 2021
