Les antiparasitaires occupent une place essentielle en médecine vétérinaire. Ils sont utilisés pour prévenir et traiter les infestations par les parasites internes et externes des animaux, mais également pour prévenir la transmission d'agents pathogènes vectorisés.
Si les praticiens disposent aujourd'hui de nombreuses spécialités commerciales, le nombre de classes chimiques disponibles reste relativement limité ; certains produits utilisent des associations de molécules afin de proposer un spectre d’action large. Bien que ces médicaments fassent partie du quotidien du vétérinaire praticien, leurs mécanismes d'action sont souvent mal connus. Cet article propose de présenter de manière synthétique les modes d'action des principales molécules utilisées dans la lutte contre les parasites externes du chien et du chat.
Nous nous intéresserons ici uniquement aux adulticides neurotoxiques, à l’exclusion des inhibiteurs de croissance des arthropodes (insectes et acariens). Les carbamates et les organophosphorés ne seront pas abordés, leur utilisation étant désormais très limitée en médecine vétérinaire en raison de leur toxicité.
Le fonctionnement du système nerveux des arthropodes repose, comme chez les vertébrés, sur la génération et la propagation de potentiels d'action le long des neurones, permettant la transmission de l'information (ou potentiel d’action) jusqu'aux muscles. Cette transmission met en jeu l'ouverture et la fermeture de canaux ioniques ainsi que l'action de neurotransmetteurs sur des récepteurs spécifiques.
Les différentes classes d'antiparasitaires neurotoxiques ciblent spécifiquement certains de ces canaux ou récepteurs, perturbant ainsi la transmission de l'influx nerveux et entraînant une paralysie, flasque ou spastique, puis la mort du parasite.
La sélectivité de ces molécules repose sur des différences structurales entre les récepteurs ou canaux ioniques des arthropodes et ceux des mammifères, ce qui explique leur efficacité antiparasitaire et, lorsqu'elles sont utilisées aux doses recommandées, leur relative innocuité chez l'hôte.

Structure neuronale et fonctionnement synaptique d’un insecte. D’après Wikibooks-Neuroscience, 2020

Fonctionnement normal d’une synapse d’un insecte
Les pyréthrines sont dérivées d’extraits de fleurs du Pyrèthre, Chrysanthemum cinerariaefolium et ont été progressivement remplacées par des dérivés synthétiques, ou pyréthrinoïdes de seconde ou troisième génération, photostables. Elles sont largement utilisées dans la lutte contre les parasites externes (puces, poux, tiques) et dans la prévention de la transmission d’agents pathogènes vectorisés en raison de leur effet répulsif (ou anti-gorgement) sur les diptères hématophages (moustiques, phlébotomes, stomoxes) et également sur les tiques. Elles maintiennent les canaux sodiques voltage-dépendants ouverts, provoquant une dépolarisation prolongée de la membrane neuronale. Il en résulte une transmission continue du potentiel d’action responsable d'une paralysie spastique (tonique), puis de la mort de l'arthropode.
Les pyréthrinoïdes sont peu toxiques chez les mammifères, mais certaines molécules, comme la pyréthrine, sont toxiques chez le chat (défaut de glucuronyltransférase hépatique indispensable à la métabolisation de ces molécules) chez qui l’utilisation est formellement interdite. Les pyréthrinoïdes sont très toxiques chez les poissons.
Elles sont formulées en spot-on (perméthrine) et en colliers (deltaméthrine, fluméthrine), et également en spray pour l’animal et l’environnement ; elles agissent très rapidement par contact.
Ces molécules sont des endectocides : elles ont un spectre d’action large, ciblant certains parasites internes, les nématodes, et certains parasites externes, comme les poux, les puces et les agents de gale. Elles se fixent aux récepteurs à glutamate près des canaux chlore post-synaptiques, les maintenant ouverts, empêchant un retour de la synapse à une polarisation normale. L’inhibition des neurones induite provoque une mort par paralysie flasque.
Ce sont des agonistes des récepteurs nicotiniques post-synaptiques de l’acétylcholine. Leur fixation entraîne l'ouverture prolongée des canaux sodiques associés à ces récepteurs, provoquant une dépolarisation persistante de la membrane post-synaptique, responsable d'une paralysie spastique puis de la mort du parasite. L’imidaclopride et le dinotéfurane sont des molécules lipophiles formulées en spot-on ; elles diffusent dans la couche lipidique superficielle de la peau et se répartissent sur l’ensemble du pelage en environ 24 heures.
L'imidaclopride est notamment associé à la fluméthrine, tandis que le dinotéfurane est associé à la perméthrine et au pyriproxyfène.
Les néonicotinoïdes ciblent principalement les puces. Le nitenpyram est un insecticide systémique non rémanent à action rapide, et cible également essentiellement les puces.
Le fipronil est un antagoniste non compétitif des récepteurs GABA et des canaux chlorure activés par le glutamate des arthropodes. En bloquant l'ouverture de ces canaux chlorure, il empêche l'entrée des ions chlorure dans les neurones et supprime les mécanismes inhibiteurs de la transmission nerveuse. Il en résulte une hyperactivité neuronale responsable d'une paralysie spastique puis de la mort du parasite. Le fipronil est une molécule lipophile qui s'accumule dans les lipides cutanés et les glandes sébacées, d'où il est progressivement redistribué à la surface de la peau et du pelage.
Il est formulé en spot-on ou en spray, seul ou en association avec d'autres molécules, et est utilisé principalement dans la lutte contre les puces et les tiques.
Les isoxazolines sont des antagonistes non compétitifs des canaux chlorure GABA-dépendants des arthropodes. Elles se fixent sur un site de liaison spécifique, différent de celui des phénylpyrazolés, ce qui explique l'absence de compétition, a priori, entre ces deux classes pharmacologiques. Le blocage des canaux chlorure empêche une repolarisation normale de la synapse, entraînant une hyperactivité neuronale responsable d'une paralysie spastique puis de la mort du parasite.
Les isoxazolines sont administrées sous forme de comprimés, de spot-on ou d’injection, et diffusent dans la circulation systémique. Elles sont ingérées par les parasites lors du repas sanguin. Elles présentent une activité rémanente prolongée et ciblent principalement les puces, les tiques et les agents de gale.
Malgré son nom, le tigolaner n’est pas une isoxazoline et appartient à une classe chimique distincte, les bispyrazolés. Cependant, son mécanisme d’action est similaire à celui des isoxazolines : il agit également comme antagoniste des canaux chlorure GABA-dépendants.
Il est commercialisé en spot-on en association avec l’émodepside et le praziquantel et cible essentiellement les puces, les tiques et les agents de gale.
| Classe chimique | Molécules | Mécanisme d'action principal | Type de paralysie | Voies / Formes | Cibles majeures |
| Pyréthrinoides | Perméthrine, deltaméthrine, fluméthrine | Ouverture prolongée des canaux Na+ voltage-dépendants | Spastique | Spot-on, colliers, sprays | Puces, tiques, poux, diptères |
| Lactones macrocycliques | Sélamectine, moxidectine, milbémycine oxime | Fixation récepteurs Glu / ouverture canaux Cl- | Flasque | Endectocides (spot-on, oral...) | Puces, poux, gales (+ nématodes) |
| Néonicotinoïdes | Nitenpyram, dinotéfurane, imidaclopride | Agonistes des récepteurs nicotiniques nAChR | Spastique | Spot-on, voie orale | Puces principalement |
| Phénylpyrazolés | Fipronil | Antagoniste récepteurs GABA et canaux Cl- (Glu) | Spastique | Spot-on, spray | Puces, tiques |
Références :
Joachim A., Robertson L.J., Ferroglio E., Bäumer W., Leschnik M. Antiparasitics against ectoparasites in small animals– important pharmaceutical substances or underestimated environmental hazards? Vet Parasitol. 2025, Volume 339
Bouhsira E. Rôle de Ctenocephalides felis (Bouché, 1835) [Siphonaptera Pulicidae] dans la transmission de Bartonella spp. [Rhizobiales Bartonellaceae] et moyens de contrôle. Thèse universitaire, 2014, Université de Toulouse
Beugnet F., Franc M. Insecticide and acaricide molecules and/or combinations to prevent pet infestation by ectoparasites. Trends Parasitol. 2012 Jul;28(7):267-79
